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La conversion chez les libéraux

Le "peuple élu" a t il pour vocation de faire entrer en son sein ceux dont les lointains ascendants n'auraient pas été présents au pied du Mont Sinaï lorsque Dieu se révéla aux enfants d'Israël ?

Bien que le judaïsme ne soit pas une religion qui prêche le prosélytisme, il n’en est pas moins vrai que son message se veut universel. Tant la Bible que la littérature rabbinique, ou encore la liturgie sont porteurs de l'espoir qu'un jour tous les peuples de la terre reconnaîtront le Dieu d'Israël et accepteront Ses préceptes. Ainsi la prophétie de Michée' : "[...] toutes les Nations y afflueront. Et nombre de peuples iront en disant : "Or ça, gravis¬sons la montagne de l'Eternel pour gagner la maison du Dieu de Jacob, afin qu'Il nous enseigne Ses voies et que nous puissions suivre Ses sentiers". Dans la Mékhilta de Rabbi Ismaël, il est dit : "Les prosélytes sont aimés de Dieu, Il les considère comme faisant partie d'Israël". Et dans le Talmud', il est dit : « Le Saint Béni Soit il a dispersé Israël au milieu des peuples, afin d'en accroître son nombre avec les prosélytes".

La Bible multiplie les exemples de prosélytes. Asnath, la femme de Joseph, Séphorah, la femme de Moïse, ou encore Ruth, arrière grand-¬mère du Roi David ! A l'époque gréco romaine de grands Maîtres rabbiniques tels que Rabbi Akiva, Avtalyon, Chemayah ou encore Onqelos, le traducteur de la Torah en araméen, étaient eux mêmes convertis ou descendants de convertis. Ces illustres personnages sont aussi nos ancêtres. Chaque juif en est le descendant.

Le Talmud, dans le traité Yevamot, se montre particulièrement accueillant vis à vis des prosélytes, considérant, à 1'heure des persécutions romaines, 1'acte de conversion au judaïsme comme un acte de courage. A cette époque, les conversions en vue d'un mariage étaient accep¬tées. Cette acceptation sera abolie par le Shoulkhane Aroukh' au XVIIIème  siècle. Il reste à admettre que la littérature rabbinique se montre particulièrement conciliante quant aux conver¬sions en vue d'un mariage lorsque les conjonctures menacent la pérennité du peuple juif. Le judaïsme libéral considère que, de nos jours, la menace d'assimilation est réelle et que nous agissons dans 1'esprit du Talmud en acceptant ce type de conversion.

Pour le Judaïsme libéral, il n'existe pas de "conversions faciles". Chaque démarche implique la personne, demande souvent un renoncement et des efforts certains. Le/la can¬didat/e à la conversion devra dans un premier temps rencontrer un Rabbin et lui exposer ses motivations. Sur ce point précis, ce qui oppose le Judaïsme non orthodoxe au Judaïsme ortho¬doxe est 1'intention. Pour le judaïsme orthodoxe, 1'intention doit être "leshem shamayïm", désintéressée. Ainsi une conversion en vue d'un mariage représente un intérêt qui ne peut être acceptée par les autorités rabbiniques orthodoxes. Le Judaïsme libéral, pour sa part, se penche davantage sur la sincérité du candidat. Nous ne pensons pas qu'il y ait une perversion à vouloir, en même temps que 1'on épouse quel¬qu'un, épouser sa religion. Ce dernier point conduit les rabbins à apprécier leur responsa¬bilité en tant que dépositaires de la Loi juive face à un taux croissant, et à terme dangereux, de mixité et d'assimilation. En ne permettant pas au conjoint non juif d'entrer dans le Judaïsme, on "perd" bien souvent le conjoint juif et ses enfants.

Nous distinguons, bien que la Halakha ne le fasse pas, le candidat non juif du candidat dont le père est juif, dans ce dernier cas, il s'agit d'une procédure de confirmation de judaïté (le Consistoire parle, lui, de "régularisation de statut"). La procédure demeure exigeante, tout en signifiant au candidat que sa démarche consiste à s'inscrire dans la religion du père. Tout comme la conversion, la confirmation requiert 1'acquisition de connaissances dispensées durant 1'année de cours, la circoncision pour les candidats ainsi que le bain rituel dans tous les cas.

11 faut admettre que le Shoulkhane Aroukh limitait le processus de conversion à sa plus simple expression. Après avoir rejeté ou découragé le candidat à trois reprises, si celui ci se représentait en acceptant "ol mitsvot", le "joug" des principes de la Loi juive, alors celui ci devenait juif "miyad" immédiatement, sans qu'il ne soit question de connaissances, de cours, de fréquentation de la synagogue... Force est de constater que 1'approche de la conversion, tant dans le milieu non orthodoxe qu'orthodoxe, s'est radicalisée ces dernières années, et que les exigences sont bien souvent supérieures à celles que 1'on attendrait d'un "juif par naissance".

Après cet entretien préliminaire, et si le Rabbin juge la personne apte à se convertir, c'est à dire présente des gages de sincérité et d'engagement durable dans le judaïsme, le/la candidat/e, se rapprochera de la communauté, participera à ses activités, aux offices religieux... et pourra finale¬ment intégrer le cours d'introduction au Judaïsme. Ce cours se déroule sur au moins une année pleine. Au terme de cette année de cours, le Rabbin décidera si le candidat est prêt à être présenté devant un Beth Din'. Le candidat aura préalablement été interrogé par écrit. Le Beth Din appréciera les connaissances du candidat ainsi que son implication dans la communauté (connaissance de la litur¬gie et du sens des prières). 11 lui sera demandé d'être, comme le dit notre tradition, un "guer tsedek", ou une " guera tsedek" (prosélyte juste).'

S'il s'agit d'un candidat, il doit impérativement être circoncis ; si toutefois il est déjà circoncis, une cérémonie, "hataffat dam Brit", "écoulement du sang de 1'alliance" a lieu. Dans tous les cas, le candidat, homme on femme, doit s'immerger dans le "Mikvé", et choisir un nom biblique, signe de son entrée dans la communauté d'Israël. 11 est d'usage, dans les semaines qui suivent la conversion, d'appeler le/la converti/e à la Torah.'

Les actes de conversion pratiqués par les "Beth Din" de communautés non orthodoxes (libérales, réformées, conservatives, massorati...) ne sont pas reconnus par les autorités consistoriales en France. Toutefois, le/la prosélyte converti/e dans le cadre de ces communautés sera reconnu/e comme juif/ve par toutes les communautés non orthodoxes à travers le monde (ce qui représente la large majorité des communautés juives), et sera considéré/e com¬me juif/ve par 1'Etat d'Israël, bénéficiant ainsi de la Loi du retour qui autorise chaque juif à pou¬voir réaliser son "alya".

Dans tous les cas, le Judaïsme libéral ne pratique pas de mariages mixtes. Les Rabbins libéraux ne marient que des juifs, qu'ils le soient par naissance ou bien par conversion.


Rabbin Gabriel FARHI
mai 1997